En août dernier Travelsound avait rencontré Lionel, chanteur et leader du groupe marseillais Raspigaous,
lors du festival Yankadi. L'occasion de revenir sur l'évolution du groupe, leur dernier album " Mauvaise Herbe ",
ou encore leur approche de la culture reggae. Entretien provençal avec un artiste aux idées longues.
Quelles sont les valeurs principales que vous désirez transmettre dans votre reggae ?
Les valeurs de la musique bien faite. La valeur du contact que j'ai avec le public,
de cet échange qu'on a en concert, du public à la scène et de la scène au public.
Je cherche à faire passer quelque chose de propre de positif qui va prendre les gens.
De faire faire la fête au public le mieux que je peux.
C'est le reggae et le fait d'écrire en français qui me permettent de faire ça.
Après j'ai surtout des textes engagés mais c'est très canalisé, j'essaye de pas trop déborder,
j'ai constamment en tête le fait qu'on est là pour faire la fête.
Comment expliques-tu la longue période séparant " Chiens des quais " et " Mauvaise Herbe " ?
Le changement de groupe quasi intégral. Faut savoir que quand un zicos arrive dans un groupe,
il lui faut bien un an d'adaptation. Il faut bosser tous les morceaux qui vont être sur l'album,
récolter les fonds, trouver le studio, le faire. " Mauvaise herbe " on a mis 2 mois en tout et pour
tout pour le faire : un mois de prise de son, et un mois pour le mixer. Après il faut faire toute
les démarches qui vont avec : le pressage, la promo…C'est un taf énorme, de longue haleine.
C'est pour ça qu'entre le moment où on l'a fait et le moment où on l'a sorti, il y a eu presque 2 ans.
" Mauvaise herbe " marque aussi le départ de Marie…?
Marie est dans la section de choeurs mais elle intervient en lead sur certain morceaux " Vamos "
, " 1999 ", " Requiem à la collaboration " qu'on a chanté à deux … et qui tuent.
Moi je suis fan des morceaux de Marie, j'ai été stupéfait de la qualité de son écriture.
Après, quand des changements sont venus dans la formation, elle n'est pas restée dans la section chœurs.
A l'époque la section choeurs c'était plus ou moins à l'arrache, et moi les voix c'est ma spécialité,
donc à un moment donné, j'ai fait venir des chanteurs pas pro mais pas loin pour que ça soit impeccable.
A partir de ce moment elle ne s'est plus sentie à l'aise dans cette section. Du coup elle n'a fait que ses leads.
De là on a fait " Chien des quais ".
A ce moment là, elle est tombée enceinte et l'évolution du truc ne la branchait plus trop.
Elle a donc fini par partir et c'est vrai que moi il y a des morceaux que je ne peux plus faire,
comme " Requiem à la collaboration ".
Dans Mauvaise Herbe, le titre " Le Rasta " a attiré notre attention, pourrais- tu nous expliquer davantage le message que tu souhaites transmettre dans cette chanson ?
J'ai écrit " Le Rasta " d'abord parce que je ne suis pas rasta mais féru de culture jamaïcaine. Je me renseigne beaucoup sur la culture jamaïcaine et le rastafarisme, sur le reggae et ses origines. J'ai appris plein de trucs, je suis allé voir en profondeur ce qui se passait, les tenants et les aboutissants. Pourquoi Jah ? Pourquoi Hailé Sélassié ? Pourquoi les africains déportés sur l'île de la Jamaïque à cette époque ? Pourquoi ils font ce type de musique ? Pourquoi cette île où un mec sur deux chante avec un niveau Hallucinant? Donc ça demande de comprendre, de faire un effort d'empathie.
Par contre les locks, tout ce qui va autours du rastafarisme je me suis rendu compte que sa devenait trop facilement un phénomène de mode. Les jeunes avec des locks, du vert jaune rouge par tout et qui se check en disant " Yes-I ".Je vois bien qu'ici on se lâche un peu, les jeunes te reprennent ça, mais rien que de dire " Yes-I ", ça a une connotation religieuse. Alors que nous c'est " Yes-I " parce que c'est cool. Les locks parce que c'est cool. Dans la chanson je ne parle pas du rastafarisme en lui-même, je parle du rastafarisme transformé ici en France.
Le rasta ça veut dire restez vous-même, vous enflammez pas. Pas besoin d'avoir des locks pour faire du bon reggae ou pour écouter du reggae. Attention à la mode. Le rastafarisme c'est une religion pas un effet de mode. C'est comme si des jeunes trippaient sur du grégorien sans capter qu'il y a une connotation religieuse chrétienne là-dessous.
Tu déculpabilise le téléchargement et le gravage dans un titre de votre dernier album. Cela signifie t-il que vous vous considérez plus comme un groupe de scène ?
Oui, de toute façon on est un groupe de scène !! Après faut savoir quand même que quand tu écris un morceau tu n'es pas autant nuancé que quand tu parles, mais c'est vrai que finalement le fond de cette chanson c'est " allez-y, téléchargez, faites vous plaisir " !
Moi je télécharge et je sais aussi qu'avec le téléchargement, au lieu de vendre 15000 albums on n'en vend que 8000. Maintenant c'est sûr que le téléchargement il " nique des bénefs " mais ce n'est pas tout ! Le problème est bien plus complexe que ça. On a mis dans les mains des gens des outils performants…sauf que là, en l'occurrence, les gens ont à leur disposition toute la culture, ce qui est hors de prix à la Fnac. Tu ne peux pas après reprocher aux gens de se servir de ce que tu leur a mis entre les mains en tant que businessman.
Mais les vrais coupables, ils ne sont pas là ! Tu te fais choper en train de télécharger Raspigaous tu prends une amende ! Tu crois que je vais avoir des sous dessus, parce que tu as téléchargé ma musique ? Donc c'est qui les vraies pirates ??? C'est 4 ou 5 maisons de disques qui se partagent tout, ils font des bénéfices monstrueux et depuis le téléchargement il ne font plus que des bénéfices énormes. C'est pour ça que j'ai fais cette chanson.
Malgré la sortie de votre album on ne vous a pas trop vu dans le nord de la France…Pour quelle raison ?
Déjà on est beaucoup. On est 11 sur scène, 17 personnes en tout, du coup les concerts
où on nous prend en charge sont de plus en plus rares. En plus quand on a sorti " Mauvaise herbe "
on a mit toute nos billes dans la prod, il nous a coûté 50 000 €. On a rien gardé de côté.
On s'est dit il est terrible cet album, une maison de disque va vouloir le signer et le tourneur viendra derrière…
Or on est tombé dans la période où les maisons de disques ne signaient plus personne.
Personne n'a voulu de l'album on s'est trouvé à faire la promo tous seuls, la tournée aussi…
donc moins de dates que la tournée précédente.
Malgré ça, Raspigaous arrive à vivre de sa musique ?
Disons de vivre dans la musique, pas de Raspi mais dans la musique. Avec des plans à gauche à droite et plusieurs cordes à son arc, donner des cours, faire une séance de studio par si un remplacement par là…
Qu'elle est votre vision de la scène reggae française ?
Le reggae a toujours eu sa place en France quelque soit le phénomène de mode le courant, la vague… Le reggae a bien pris sa place en France, après je trouve qu'il y a un problème d'identité derrière. Il n'y a que très peu de groupes français, comme Massilia par exemple, qui ont réussi à tourner le truc un peu à leur sauce, c'est du reggae de Marseille.
Sachant qu'après il y a une réalité, le français ce n'est pas une langue facile à chanter, l'anglais c'est fluide à dire. La scène reggae française se suffit à son autoprod donc elle avance.
Qu'elle est ta dernière découverte française ?
Il y a Bionic Man Sound, Franchement ils ont une énergie et ils ont posé une emprunte sur leur son… Sinon il y a les Danakil qui viennent des Yvelynes et qui font parler d'eux. De Marseille il y a aussi Jamasound, Toko Blaze….
Est- ce qu'on peut vraiment parler d'un mouvement reggae marseillais, et si oui quelles sont ses particularités ?
Oui c'est clair. Ses particularités sont simplement l'identité que tu retrouves dans la musique. Sinon c'est plus délicat, c'est plus nuancé, tu as des groupes comme Song of Gaïa qui ne revendiquent pas une identité marseillaise, mais c'est du son de Marseille. C'est un reggae qui vient du sud et c'est sûr qu'en opposition à Paris où il y a un son plus Jamaïcain, plus anglais, nous on fait un son de Marseille.
Nous dans le sud on n'a pas suivit l'évolution du reggae, ça met dit ans avant que ça arrive, nous c'est Bob Marley le Roots, un peu Aswad (rire). On est très axés la dessus !
Propos recueilli par Martial
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