Sur les routes depuis la sortie de " New World Design ", c'est au détour d'un passage à Paris que nous avons pu passer un moment avec Maxxo. Un premier album séduisant, un show dynamique et bien huilé… le jeune mâconnais aux idées larges a provoqué, sinon des vagues dans le mouvement français, un sérieux tangage de péniche ! Echange alphabétique avec une valeur montante de la scène reggae.





A comme…Anglais

C'est la langue dans laquelle j'écris principalement, parce que la musique que j'écoute le plus est anglophone, américaine, anglaise ou jamaïcaine. Que ce soit de la soul, du hip-hop, du reggae, tout ce qui m'inspire c'est anglais. Il n'y a pas de traduction d'idée en français en anglais, ça ne marche pas… Si je suis inspiré en anglais, j'écris en anglais, si je suis inspiré en français, j'écris en français.


C comme Cony (Junior)

Jean-Mi c'est quelqu'un que j'ai rencontré il y a 2 ans-3 ans par l'intermédiaire d'un ami. Quand j'écoutais ses sons j'étais fou, c'est l'un des rares en France à réussir un dub aussi massif. Il a un son extraterrestre, très proche des anglais. On s'est rencontré et le côté humain s'est super bien passé, du coup on a enregistré quelques trucs ensemble. Il y a un dub d'un de mes morceaux qui est sorti sur son dernier album, puis je lui ai proposé de composer une instru sur mon album. On se retrouve souvent quand on peut, à faire des soirées ensemble. C'est puissant ce genre de connexion.


E comme…Energie(s)

En fait c'est l'envie….Energie, envie….c'est bon [rires] ? Tant que j'aurais envie et tant que j'ai envie, je le fait. L'envie c'est la base, l'énergie ça vient avec. L'énergie dépend de tout : du moment, des gens si c'est un concert,… On essaye d'en avoir le plus possible, de la garder en tout cas !


F comme…France

J'adore mon pays. Il y a plein de choses différentes à voir partout. Là-dessus on a de la chance, on est super bien placés pour voyager, on n'est pas loin de l'Afrique, de l'Angleterre… La France c'est un endroit où il y a eu un gros écho dans le reggae. Même s'il y a une petite vague qui commence à mourir, il y a une scène reggae qui est toujours vivante. Toute ville de plus de 20000 habitants a son groupe de reggae. La France a besoin d'encore plus de reggae. Parce qu'il y a un public.

G comme…Génération

Je suis né vingt ans avant la fin de siècle, je vois le début de l'autre et j'espère arriver à peu près au milieu de celui-là. Je suis de 83, et j'ai l'impression que c'est la génération un peu après Bob. Alors c'est peut-être un peu par goût personnel, parce que je n'ai jamais été très fan de Bob Marley, mais j'ai l'impression que je suis arrivé à un moment où il y avait déjà eu beaucoup de choses de faites.


H comme…Humanité

Tout de suite les grands mots [rires] ! Ce serait bien qu'on en ait tous un petit peu plus. Allez, pas grand-chose, je ne dis pas de tous être Gandhi, mais si on était tous un peu plus humain, j'ai l'impression qu'il ya des petits trucs qui changeraient facilement. Pour moi c'est ça l'humanité, c'est 1+1+1…


I comme... Influences

De la soul avec Arethe Franklin, du hip-hop avec the Roots, ou même des vieux groupes rock anglais comme Police, Dire Straits. Après en reggae, le premier qui m'a vraiment retourné c'est Peter Tosh, et c'est Steel Pulse qui m'a vraiment amené au reggae. En ce moment je suis plutôt dans une phase où j'ai envie d'écouter autre chose, j'essaie de chercher à droite à gauche. En reggae je trouve que ça tourne un peu en rond, ça serait bien que ça puisse encore s'enrichir. Il y a quelques artistes qui arrivent et qui essaie de faire de trucs nouveaux, Damian Marley, Al Borosie. A un moment donné je trouve qu'ils stagnent un peu, mais il y a eu une sorte de petit renouveau, il faut que ça continue.



J comme… Jamaïque

Ecoute, si on me paie le voyage…[rires]. Je me suis toujours dis que j'irais sûrement un jour, pour bosser, s'il y a une opportunité. S'il y a une rencontre qui se fait en France et qui m'amène là-bas. Y aller en touriste non. Je n'irai pas comme ça frapper aux portes. Je pense qu'il faut y être introduit, c'est le meilleur moyen de passer un bon séjour là-bas.

N comme…New World Design

Je suis super heureux. De ce que c'est en train de devenir, de ce que c'est en train de créer. Ça fonctionne bien, l'album est bien accueilli. Je suis super heureux parce que j'y ai mis du temps et de la sueur. Je suis vraiment parti de zéro pour le faire, j'ai construit petit à petit. Je me suis toujours dit que j'aurais fais ça au moins dans ma vie. Même si ça ne fonctionne pas, si demain on n'est plus sur la route, si on ne nous appelle plus pour jouer bah…ce petit album, il est là.

R comme Rastafari

Je ne suis pas rasta, parce que ce n'est pas ma culture. Par contre je suis sensible à la spiritualité qui peut éventuellement se dégager de certaines idées. Je ne suis pas religieux ça c'est sûr, je suis touché par les choses spirituelles. Mais il y a un pas qui parfois se franchit vite. Je pense que ce n'est pas lié à Rasta, c'est lié à l'Homme. Malheureusement il y a un amalgame qui est fait, la frontière entre la religion et Rastafari … C'est très empreint du Christianisme, de pas mal de religions. Il y en a qui l'enlèvent complètement, d'autres qui l'acceptent. J'ai rencontré pas mal de rastas, j'ai été beaucoup déçu et parfois vraiment très touché. Mais ça a été plus rare dans un sens que dans l'autre.

S comme scène

C'est entre autre beaucoup pour ça que j'ai fait un album. Ça faisait un petit moment que j'avais arrêté de faire de la scène en me disant : le jour où j'y retourne, c'est vraiment pour un truc. J'en avais marre de faire des concerts, former des groupes, que ça se démonte, que ça revienne, et qu'en fait rien n'avance. La scène c'est juste le pied. J'ai fait un album pour faire de la scène, et en faisant de la scène je me suis aperçu que je kiffais aussi grave le studio et tout ça. Donc en fait maintenant j'attends pour le deuxième…! Mais là, tous les week-ends on prend plaisir, de plus en plus, et ça commence à gonfler, à gonfler... avec les zicos il commence vraiment à se passer un truc !

T comme…Travail

Malheureusement, sans travail… il n'y a rien qui se passe. Moi ça m'a pris deux ans de boulot, à se dire " il faut transpirer, il faut chercher l'argent, travailler les compos… ". J'avais déjà tout de prêt, maintenant je cherchais juste les moyens techniques. Et en fait ça ne s'arrête jamais : t'as l'impression d'avoir travaillé une fois que t'as fait l'album, mais une fois que t'as fait l'album tu travailles pour aller sur scène, et une fois que t'es sur scène ça te plaît pas alors tu retravailles pour que ton show s'améliore… Une fois que ton show s'améliore, t'es déjà passé à autre chose et tu retravailles d'autres morceaux, et voilà ça ne s'arrête jamais ! Mais talent sans travail…, ça marche pas. Ça ne va pas l'un sans l'autre.

U comme….Urbain

Franchement…urbain un jour, campagnard toujours! Je viens d'un milieu rural, à Mâcon on est entouré de vignobles, de collines, de montagnes, j'ai besoin de ça. Quand je vais dans les grandes villes, si c'est pour jouer on ne voit pas grand-chose, et si c'est pour se balader : Paris. C'est là où j'ai pris mes plus gros kifs urbains. 11ème, 19ème, j'ai passé des moments terribles là-bas. Belleville c'est vraiment le quartier que je surkiffe, j'ai halluciné sur le mélange qui se passe là-bas. C'est la preuve que les banlieues sont trop loin des centres-villes. Tu as toutes les nationalités, c'est 3h du matin personne ne flippe, tu demandes ta route à n'importe quelle heure, tu manges pour pas cher, tu te sapes pour pas cher, c'est la classe ce quartier !

Z comme…Zicos

Il y a une partie des gens que je connaissais déjà depuis longtemps qui sont des amis, pour certains des amis presque d'enfance, et puis il y a une partie qui s'est rajouté vraiment sur la fin, des lyonnais qui sont venus nous rejoindre pour compléter la formation. Humainement on a trouvé un truc, et j'ai besoin de ça aussi. Je n'aurais pas pu travailler avec un backing à proprement parler. Peut-être qu'un jour j'y viendrais, je ne sais pas. Mais en tout cas là, la fusion qu'il y a avec les musiciens, c'est ce dont j'ai besoin, de l'humain à fond. De toute façon sur la route, c'est 10h de camion pour 1h de concert, en gros ! Pour moi il faut que ça se passe comme ça. Et ça se ressent sur scène je pense. Donc…je suis super content de mes zicos [rires] !

Trois mots pour décrire ton album ?

Je dirais travail, sueur, et satisfaction.

Comment te situerais-tu dans la scène reggae française actuelle ?

Maxxo : Clairement le meilleur chanteur reggae qu'il y a jamais eu en France [Rires] ! Non ! C'est une connerie [rires] ! C'est super dur ta question, je ne suis pas vraiment à même de juger.
J'ai l'impression qu'il y aura une place pour moi dans le paysage musical, mais je pense qu'elle est déjà un peu en train de se faire.
Seb (manager et bassiste) : Je pense que le mot c'est " continuité ". J'ai l'impression qu'on est en train de passer une étape en France. On n'a pas fait comme la scène allemande, qui est allée dans le reggae roots jamaïcain. Nous on est passé par un reggae frenchy où on a pris le reggae et on l'a marié avec ce qu'on savait faire en France, avant de vraiment venir au reggae, avant que le public adhère vraiment au roots.
Je pense que la vague est en traine de redescendre, les Sinsé, K2R, Mister Gang, tout ça c'est malheureusement en train de passer un autre cap. Les jeunes qui arrivent, nous, c'est déjà beaucoup plus dans le nouveau son, nu-roots, dancehall, etc… On rejoint vraiment tout ce qui est reggae européen. Je pense que la France avait besoin de ces dix ans pour construire la scène reggae en France, en 2000 il y avait moult groupes de reggae, ska ou dérivés. Là on a Al Borosi en Italie, Gentleman en Allemagne, Ziggi en Hollande….tout le monde converge un peu vers cette nouvelle vague reggae plus énergique.



Propos recueillis par Aurélia.