En mélangeant Dub, Hip-Hop, Electro, teck et trans, High Tone a réussi à créer son propre univers au sein du dub français. Pilier et pionnier de cette scène, High Tone ne cesse de nous surprendre par ses collaborations fructueuses ou ses propres productions innovatrices. A l'approche d'un concert explosif High Tone nous reçoit pour un retour sur les débuts du Dub.




Comment vous décririez-vous brièvement aux lecteurs de Wha Gwaan ?

Au début on jouait un dub roots très Pablo Tubies, puis on est sorti des sons classiques. On a travaillé avec de l'analogique et de l'électronique vers des sons plus électro. On s'est rendu compte aussi qu'il y avait toute cette culture hip hop et électro qui nous plaisait. Et puis les samples : on prenait tous les disques qu'on avait sous la main. En parallèle de ça, c'est une découverte du dub anglais via les sounds système et la jungle. On a fait mûrir le son de High Tone petit à petit avec tous ces ingrédients.


Pourquoi cette importance donnée aux visuels ?

Les visuels c'est venu de notre entourage qui travaillait cette matière, et du fait qu'on l'avait déjà vu. Depuis les Pink Floyd c'est quelque chose qui se fait. Grâce aux visuels tu peux créer une atmosphère plus transe, plus intimiste et t'ouvrir à d'autres personnes qui évolue dans une autre matière. C'est quelque chose qui a toujours fait partie des free, il y a toujours eu un aspect " pas que musique ", des gens qui graphaient… Le fond pour High Tone est de créer une autre dimension, les 4 autres membres sont vachement accaparés par leurs machines à triturer le son pendant le concert et le public est ainsi moins figé sur les musiciens. Nico, qui a repris depuis 5/6 ans, faisait avant un travail de mixe d'échantillons, de trucs piochés, alors que maintenant il scénarise et va tourner ses propres images, faire des petits scénarios de chaque morceau.


Le Live Dub pour High Tone en quelques mots ?

Il y a toujours un mix, une part d'impro, de liberté, de jeu, rien est trop figé, trop cadré. Evidement il y a des appels, des débuts, des fins, mais il n'y a pas une rigueur. Le dub est un espace de liberté c'est une musique qui laisse énormément de place pour tout ce qui est déformation sonore, de l'espace, des sensations, des vibrations qui peuvent être modulées à l'infini. La rythmique assez épurée, c'est vrai que c'est quand même très minimal, et ça permet justement de faire ce qu'on veut. On a tous les exemples, que ce soit Lab° qui fait un dub noisy et qui arrive à superposer des couches et des couches comme ça sur un morceau pendant 7 minutes. Ou à l'opposé Zenzile qui sont justement plus épuré, minimal, plus près de la scène Allemande.


Vous surfez souvent entre plusieurs atmosphères, au jour d'aujourd'hui dans quel esprit ce trouve High Tone ??

C'est vrai que Chez High Tone il y a beaucoup de passage et d'évolution, on n'a pas un dub minimal, il y a très peu de dub steppa. Sur scène ça commence sur des ambiances douces, ocres et chaleureuses. Un truc plus dub ethnique justement avec des samples chaud dans les atmosphères. Pour pouvoir après se durcir vers du son plus urbain, ce qui est justement le pique avec une grossse tech genre hardcore un peu. Il y a aussi du Hip Hop bien froid. L'univers a tendance en tout cas sur le dernier album à être urbain, pour des gens qui sont peut être plus dans des grandes villes, c'est un peu plus froid qu'un dub Tubies, ça c'est cette année en tout cas, car on a fait des trucs plus roots, plus doux. En ce moment on est plus la dedans, après on verra…

On vous avait vu à Strasbourg au Festival Artefact, et on avait trouvé que le set était très dark…

Je me rappel de ce set, par manque de temps on avait choisit les morceaux un peu rentre dedans. Sur une heure et demie ça se développe plus. On a des morceaux zen ethnique, on essaye de moduler les ambiances. La justement on va sortir des morceau plus roots qu'on avait enregistrer avec Martin Campbelle et d'autre chanteur reggae.


Justement comment appréhendez vous l'utilisation du chant ??

Au niveau du texte ça vient un peu des rencontres. On n'est pas figé par le choix. On a fait un spécial avec Horace Andy et voila tu es comme un dingue d'entendre le timbre de sa voix dans ton casque et sur ta version. Après pour High Tone c'est free, on l'a fait avec un mec qui faisait du rap, ça peut être un chanteur marocain… Ce qui est du reggae il y a plein de voix qui nous plaisent, tena stelin, Murray man… Chez High Tone ce qui est surtout important c'est qu'il y ait une rencontre. Et que la personne soit atypique, à l'exemple de Martin Campbell, complètement barré à sortir que 47 disques et les vendre lui-même, il est super underground. C'est des milieux comme ça qui nous plaisent, on recherche pas de feeturing prestigieux.


Comment expliquez-vous l'essor important de la scène dub française ces dernières années ?

C'est des groupes qui ce sont tapé 60 à 90 dates par an, des heures dans leur local et leur musique, leur idées avancent. Le public est comme nous, il aime les choses qui avance. Je trouve que franchement les albums ont pas à avoir honte de production anglaise ou new-yorkaise. C'est des purs groupes qui se bougent sur scène, qui bossent avec des techniciens qui sont à fond. Des équipes, des labels qui y croient et qui ont envie de proposer autre chose que du tout fait tout formaté. C'est une scène en émergence qui n'est pas du tout au bout de ses idées qui a plein de choses à proposer.


Pour vous la naissance du Live dub français au même moment dans les 4 coins de la France a-t-il une explication ?

Il y avait une lassitude du "yes-i " sur scène, qui gueule Jah Rastafari et qui sait même plus pourquoi. Je pense pas dire de conneries, rasta c'est un mouvement sérieux dans le quel il y a plein de gens qui ne le sont pas, ce n'est pas fumer des joints et faire des skunks… On s'est rendu compte qu'il n'y avait pas forcément besoins de textes et de choses évidentes. Que comme dans le jazz, le dub a sa part d'espace et de moyens pour approfondir sa réflexion et que le texte n'est pas indispensable. C'est des histoires de groupe de musicien qui avait des choses à dire avec des instruments à 4 ou 5. Il y a aussi toute la culture du sampling que ce soit Beasty Boys ou Dj Shadow.

Le progrès en technologie a aussi eu un impact?

La musique concrète existe depuis les années 60. Faire des collages de bandes c'est fait depuis longtemps, mais il est vrai que les machines ce sont démocratisées et sont devenu beaucoup plus abordable.


Votre vision des jeunes groupe de dub français ?

Les jeunes groupes qui arrivent sont en train de mûrir quelque chose donc c'est pas évident de juger, nous ont était le premier à le faire donc... C'est leur premier disque, écoutons le deuxième, voyons ce qu'ils font sur scène… Moi j'attends de voir tout. Ce que je leur souhaite c'est de trouver leur truc à eux, cette musique le permet, il faut passer du temps sur ses instrument et trouver son truc à soit. Recopier n'est pas intéressant, il faut apporter sa pierre à l'édifice.



Propos recueilli par Martial